Le groupe Stellantis a annoncé vendredi (06/02/26) une perte exceptionnelle de 22 milliards d’euros (Mds €), consécutive à une dépréciation massive d’actifs. Le titre a perdu 25% en bourse. Ces charges amputent les capitaux propres d’environ 25%. Le journal Les Échos parle de « la plus grosse rectification de l’histoire du capitalisme français » liée à une décision comptable qualifiée « d’inédite ».
En réalité, ce qui est réellement inédit ici est la non-anticipation par le marché du montant des pertes annoncées. La comptabilité devance la finance. Ce qui est moins inédit est l’effet d’un changement de gouvernance, avec un nouveau président qui décide de « passer les comptes à la paille de fer » et de charger la barque de son prédécesseur. Ce phénomène de big bath accounting est bien connu des praticiens… mais rarement à cette échelle.
La « mécanique infernale IAS 36 » en toile de fond ?
Pour les spécialistes de la norme IAS 36 « Dépréciation d’actifs », un véritable cas d’école est en train de se former, alors même que les comptes détaillés de Stellantis n’ont pas encore été publiés.
Tout porte à croire que c’est la « machine IAS 36 » qui s’est mise en marche, norme complexe car elle est à la croisée des chemins entre comptabilité historique et comptabilité prédictive. En effet IAS 36 repose sur des tests de perte de valeur (« impairment tests ») fondés sur des flux de trésorerie prévisionnels actualisés, sans tenir compte des incidences des restructurations futures.
Avec notamment les changements stratégiques sur la limitation de l’électrification annoncée et les nouvelles conditions de marché suite aux politiques douanières erratiques de Trump, les cash-flows futurs ont été manifestement totalement revus à la baisse. Mais sur quels actifs ?
Les enjeux des immobilisations au bilan de Stellantis (source DEU 2024)
Trois grandes catégories d’immobilisations, totalisant 96,5 Mds au bilan, sont « sur le feu » :
- Les immobilisations industrielles corporelles, amortissables selon leur durée d’utilité (45 Mds €),
- Les immobilisations incorporelles amortissables, notamment technologies et frais de développement capitalisés (19,6 Mds €),
- Les actifs incorporels à durée de vie indéterminée non amortissables : marques (16,6 Mds €) et goodwill (15,3 Mds €).
Pour ces trois catégories, les tests de dépréciation sont déclenchés en présence « d’indices de perte de valeur ». On verra ce que le groupe publiera à ce titre et l’on jugera de son niveau de transparence. Il est très probable que les frais de développement seront les plus visés.
Les actifs incorporels de la troisième catégorie, du fait de leur caractère « perpétuel », sont en outre soumis à un test de dépréciation annuel, indépendamment de tout indice de perte de valeur. Il s’agit des marques et goodwill du groupe Stellantis, qui ont le défaut d’être très partiels. Ils représentent essentiellement ceux issus de l’ancien groupe Chrysler-Fiat (FCA) dont Stellantis a pris le contrôle en 2021 et qu’il a comptabilisé dans un schéma d’acquisition inversée … lui aussi inédit. Les goodwill et marques de l’ancien PSA ne sont pas au bilan. Difficile dans ce contexte d’apprécier économiquement les pertes de valeurs d’actifs pour une partie existants, et pour une autre partie invisibles…
Nous avions déjà publié sur ce sujet , voir notre billet :
Conclusion provisoire
Attendre les comptes pour en faire une lecture technique et documentée, notamment pour comprendre les parts respectives des marques, goodwill, frais de développement, actifs industriels détruits par l’application de IAS 36.
Un nouveau cas d’école français est en train de s’écrire, que nous présenterons certainement dans nos formations IFRS et consolidation Conso & Co !
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