Nous présentons dans ce billet un classement TOP 10 des écarts d’acquisition positifs (« goodwill ») établi par nos soins, sur la base des rapports financiers annuels consolidés publiés en 2025 (RFA) des entreprises du SBF 120.
Sur le podium des 3 goodwill les plus importants au 31/12/2024 :
- Sanofi
- Essilor Luxottica
- Schneider Electric
| TOP 10 dans le SBF 120 Goodwill au bilan consolidé 2024 |
||||
| Mds€ | ||||
| 1 | Sanofi | 43,4 | ||
| 2 | Essilor Luxottica | 32,0 | ||
| 3 | Schneider Electric | 26,3 | ||
| 4 | Orange | 21,1 | ||
| 5 | LVMH | 20,3 | ||
| 6 | Vinci | 19,5 | ||
| 7 | AXA | 18,1 | ||
| 8 | Danone | 18,1 | ||
| 9 | Crédit Agricole | 16,3 | ||
| 10 | Stellantis | 15,3 | ||
| Source : SmartESEF | ||||
NB : Il existe aussi peut-être des goodwill incorporés aux titres mis en équivalence dans les bilans de ces entreprises, mais nous ne les avons pas identifiés ici.
Le goodwill porteur d’une espérance de “sur-performance”
Les écarts d’acquisition à l’actif des bilans du SBF 120 pèsent lourd
Pour toutes ces entreprises, les montants élevés de goodwill sont le reflet d’acquisitions récentes ou plus anciennes. Est-ce bon signe ? Oui, évidemment. Les montants très importants de goodwill sont le reflet d’une dynamique de croissance externe ininterrompue, portée par une ambition stratégique.
Il faut également analyser ce poids par secteurs d’activité. Des goodwill plus élevés sont “payés” dans les secteurs prisés par les marchés et exigeant en terme de valorisations, ou dans des secteurs en cours de concentration. La course à la taille – de l’entreprise et de ses parts de marché – est par ailleurs vitale. Et cela engendre mécaniquement l’empilement des goodwill à l’actif.
C’est donc toujours plutôt bon signe de voir un goodwill s’afficher dans un bilan consolidé de groupe. C’est un actif incorporel stratégique qui, par nature, est porteur d’espoir.
Vision financière
Pour les financiers, le goodwill payé lors de l’acquisition est assumé dès lors qu’il permet une sur-performance dans le futur, par rapport à l’existant. En évaluation financière, le goodwill représente une perspective de rentabilité future, additionnelle par rapport à la rentabilité prévue des actifs des actifs existants et que l’entreprise vient d’acquérir. On parle ainsi de « survaleurs ».
Il peut se calculer comme la valeur actuelle de tous les investissements à venir, avec les gains additionnels qu’ils vont procurer dans l’entité acquise, mais aussi en capitalisant les synergies attendues avec les autres entités du groupe.
Vision comptable
En consolidation et en comptabilité d’acquisition (IFRS 3 “Regroupements d’entreprises” et IAS 36 “Dépréciation d’actifs”), le goodwill est figé à la date du regroupement d’entreprise. Il n’est pas amortissable, mais doit faire l’objet d’un test de dépréciation , dès qu’un indice de perte de valeur survient, et systématiquement chaque année.
NB : En règles françaises (ANC 2020.01), le choix de l’amortissement reste possible, s’il est possible de définir la durée d’utilisation de l’écart d’acquisition.
C’est donc ainsi qu’on voit apparaître ces valeurs massives non amorties au bilan des entreprises, ce que souligne notre classement. Le goodwill “dort au bilan”.
En cas de retournement
Force est de constater que le goodwill est atypique. Il reste un des plus gros actifs incorporels au bilan consolidé tant qu’il se porte bien. Non amorti, il n’a aucune contribution directe au résultat. Mais lorsque les conditions de l’acquisition initiale se retournent, le doute s’éveille. Que faire lorsque les hypothèses de départ qui ont conduit à l’acquisition ne sont pas au rendez-vous ? Que faire concrètement lorsque les business plan trop optimistes à l’origine ne se réalisent pas ?
La réponse comptable en consolidation est la dépréciation (“impairment“). Le goodwill est soumis à dépréciation lorsque sa valeur recouvrable est inférieure à sa valeur comptable. La dépréciation passe alors obligatoirement par résultat, à priori en charges d’exploitation, et détruit d’autant les capitaux propres consolidés.
C’est pourquoi nous avons également fait ressortir dans le SBF 120 les entreprises qui présentent les ratios < goodwill / capitaux propres consolidés> les plus élevés en %. C’est très instructif en terme de risque de dépréciation. Voir ci-dessous.
Le goodwill porteur de risque
Pour illustrer le risque que peut représenter le goodwill par sa taille « massive », voici
le Top 10 du ratio < Goodwill / Capitaux propres consolidés >
pour les entreprises du SBF 120 au 31/12/2024 :
| TOP 10 dans le SBF 120 RATIO Goodwill / Capitaux propres |
|||||
| Goodwill | Cap propres | G/CP | |||
| Mds€ | Mds€ | % | |||
| 1 | SPIE | 4,2 | 2,1 | 200% | |
| 2 | Wendel | 4,4 | 3,2 | 138% | |
| 3 | Publicis Groupe | 13,8 | 11,1 | 124% | |
| 4 | Sopra Steria Group | 2,3 | 1,90 | 121% | |
| 5 | Forvia | 5,2 | 4,3 | 121% | |
| 6 | Thales | 8,9 | 7,5 | 119% | |
| 7 | Bureau Veritas | 2,3 | 2 | 115% | |
| 8 | Worldline | 9 | 8,2 | 110% | |
| 9 | Bouygues | 13,7 | 12,7 | 108% | |
| 10 | Elis | 3,9 | 3,6 | 108% | |
| Source : SmartESEF | |||||
La palme revient au groupe SPIE en 2024. Le ratio < Goodwill / Capitaux propre consolidés> y atteint 200%. Les deux entreprises suivantes sont Wendel et Publicis, avec des ratios de 138% et 124%. Ces ratios sont très élevés, comme pour les entreprises suivantes qui affichent toutes une valeur cumulée de goodwill supérieure à 100% de leurs capitaux propres.
Pour les 50 sociétés du SBF 120 qui affichent un goodwill > 1 Mds€, le ratio moyen Goodwill / Capitaux propres consolidés s’élève à 43% au 31/12/2024. Il est stable à ce niveau depuis plusieurs années.
Pour toutes ces entreprises, le risque de dépréciation de leurs goodwill représente une menace sur leurs capitaux propres. D’autant plus critique lorsqu’elles ont financé leur croissance externe par endettement financier, et présentent des ratios de gearing endettement net / capitaux propres> 100%. C’est la cas pour beaucoup d’entreprises recensées ci-dessus.
La dépréciation du goodwill menace directement les capitaux propres et indirectement le ratio de gearing. C’est une épée de Damoclès permanente au dessus des capitaux propres consolidés.
La pression financière
En aucun cas ne sommes-nous en train de dire que les entreprises à goodwill élevé présentent des risques financiers immédiats. Elles se portent même très bien. Mais leur performance est à juger à l’aune de leurs goodwill historiques. Une profitabilité minimale ne suffit pas.
Rappelons que le goodwill est une « survaleur » payée cash (ou par échange) ; et qu’une performance normale dans le compte de résultat n’est donc pas suffisante. C’est une sur-performance qui est attendue, afin de rentabiliser le prix d’acquisition élevé.
Il n’est pas étonnant qu’une forte pression pour atteindre les résultats s’exerce alors sur les opérationnels dans ces groupes. Ceci est acceptable, mais sans doute aussi à condition que les responsables des acquisitions et les auteurs des business plans d’origine soient également jugés lors de la non réalisation de leurs prévisions…
Contactez-nous pour des formations ou coaching individualisés pour tous sujets d’approfondissement sur la consolidation en règles françaises, ou en normes IFRS. En particulier sur les variations de périmètre et la comptabilisation du goodwill.
Nos formations sont très pratiques et orientées “terrain”.
